Interview avec André Laignel : Enjeux des Élections Municipales à Issoudun
Publié le 6 mars 2026 à 9h00 - Source : JT 20h WE
Près de six maires sur dix se représentent aux élections municipales des 15 et 22 mars. C'est notamment le cas du maire d'Issoudun, André Laignel. L'élu socialiste explique à TF1info pourquoi il brigue un neuvième mandat. Compagnon de route de François Mitterrand, il a été secrétaire d'État pendant près de cinq ans, entre 1988 et 1993. À 83 ans, André Laignel est l'un des plus anciens maires socialistes de France, à la tête d'Issoudun depuis 1977, une commune de 12 000 habitants.
Un Maire Engagé pour sa Ville
Premier vice-président délégué de l'Association des maires de France (AMF) depuis 2008, André Laignel défend sans relâche les collectivités locales. Il explique à TF1info les raisons qui le poussent à solliciter un neuvième mandat aux élections municipales et souligne la complexité croissante de la fonction de maire.
Qu'est-ce qui vous pousse à vous représenter ?
André Laignel : "Je me suis toujours posé deux questions : suis-je utile et ai-je la santé ? Ma volonté d'être utile auprès des habitants d'Issoudun a guidé chacune de mes candidatures. L'amour de ma ville est au cœur de ma démarche. Les habitants m'ont fait confiance à huit reprises et j'ai le sentiment d'être aimé par la population, ce qui est un facteur important. Ma santé est excellente, je continue à faire du tennis au moins une heure par semaine. Face à la situation actuelle de chaos, tant au niveau international que national, la commune reste un lieu de stabilité. Je suis la seule tête de liste à Issoudun à avoir l'expérience nécessaire, et plus les temps sont troubles, plus l'expérience et la compétence sont importantes."
Les Évolutions du Mandat de Maire
Nous avons connu la révolution de la décentralisation en 1982 et 1983, transformant le rôle des élus locaux. Cependant, depuis une dizaine d'années, on observe une baisse des moyens alloués par l'État aux collectivités. Des sujets majeurs comme la sécurité sont des thématiques sur lesquelles les maires doivent s'intéresser, alors que la sécurité publique relève par principe de l'État. La complexité administrative croissante et l'emballement des normes sont également des défis. Les pages du Code de l'urbanisme ont été multipliées par quatre en dix ans. La montée en puissance de l'intercommunalité est un autre phénomène notable, un outil indispensable qui ne doit pas se substituer à la commune.
Affronter la Concurrence aux Élections
Vous allez affronter trois listes au premier tour du scrutin dans votre commune. Certains de vos adversaires évoquent "le mandat de trop". Comment réagissez-vous ?
André Laignel : "Le mandat de trop, c'est celui où la population n'a plus envie que vous soyez maire. Si des maires sont élus depuis longtemps, c'est que la population le souhaite et vote en leur faveur. À Issoudun, nous avons fait le travail, le développement de la ville est au rendez-vous et nous avons des projets. Pour certains, nous sommes leur premier recours mais aussi leur dernier espoir, ce qui peut être lourd à porter."
Les Défis des Maires en France
D'après une étude conduite par le Cevipof, le nombre de démissions de maires a atteint un niveau sans précédent : 2 189 départs volontaires entre 2020 et mars 2025, soit plus d'une démission par jour. En trois mandats, ce phénomène a été multiplié par quatre. Une autre étude du Cevipof, publiée en novembre 2025, révèle que le mandat 2020-2026 est jugé éprouvant, marqué par la crise sanitaire et une forte instabilité politique nationale. Pourtant, près de six maires sur dix (58%) envisagent de se représenter en mars 2026, une proportion plus élevée qu'en 2019. Comment expliquer ce paradoxe ?
André Laignel : "Il n'y a pas de crise des vocations. J'ai exercé presque tous les mandats, mais le mandat le plus passionnant est celui de maire. Être maire, c'est un marathon, et si on a le sentiment d'avoir fait une belle course au service de ses concitoyens, les épreuves semblent secondaires. Un maire peut ressentir de la lassitude, mais il est viscéralement attaché à sa fonction et à sa population. Parmi les maires démissionnaires, beaucoup effectuaient leur premier mandat et n'avaient pas anticipé la réalité de cette fonction."
La Confiance des Français envers leur Maire
Les maires sont en première ligne. Ce mandat, c'est 365 jours par an. Ce n'est pas un hasard si le maire a une bonne cote : selon le baromètre annuel OpinionWay pour le Cevipof, 60 % des Français ont confiance envers leur maire, un chiffre stable ces dernières années. Pour certains de nos concitoyens, nous sommes leur premier recours mais aussi leur dernier espoir, ce qui peut être lourd à porter.