• samedi 25 avril 2026

Ciné 7 à Élancourt : un petit cinéma en danger

Dans un monde où les grands complexes de cinéma comme UGC et Pathé dominent le paysage, les petits cinémas de quartier, tels que le Ciné 7 à Élancourt, se retrouvent dans une situation précaire. Élancourt, une ville des Yvelines comptant 26 000 habitants, voit son cinéma local lutter pour sa survie. Malgré une fréquentation en hausse ces dernières années, le Ciné 7, situé dans le quartier des Sept Mares, peine à retrouver sa vitalité d’avant-Covid.

En 2019, le Ciné 7 avait enregistré un nombre record de 115 737 spectateurs, mais l’année dernière, ce chiffre est tombé à 94 444. Ces statistiques reflètent une tendance nationale observée par le Centre national du cinéma (CNC). Cependant, la situation est plus préoccupante qu’il n’y paraît. Le dernier rapport de la Cour des comptes souligne que les résultats financiers du Ciné 7 menacent sa continuité d’exploitation à court terme.

Pour remédier à cette situation, plusieurs pistes sont envisagées, notamment la municipalisation du cinéma par la commune, principal actionnaire et subventionneur. Une telle mesure pourrait permettre de réaliser des économies face à un déficit budgétaire atteignant 98 686 euros en 2023, contre 26 051 euros en 2019.

Soutenir les cinémas de quartier comme les commerces de proximité

Construit en 1975 sous statut privé, le Ciné 7 a connu d’importantes difficultés financières avant d’être repris en 1993 par une société d’économie mixte (SEM). Aujourd’hui, ce modèle associant capitaux privés et publics présente une grande fragilité, selon l’instance de contrôle. Initialement doté de deux salles, le Ciné 7 a bénéficié d’une rénovation complète de 3 millions d’euros entre 2011 et 2013, et dispose désormais de trois salles (199, 91 et 58 places). En 2024, 4 082 séances ont été proposées, avec un ticket individuel compris entre 8,50 euros et 4,20 euros.

Chantal Cardelec, présidente de la SEM, a déclaré dans un courrier adressé à la Cour des comptes en juin dernier qu’une réflexion sur l’évolution du mode de gestion du cinéma est déjà engagée. Bien que les films « Art et essai » représentent une part croissante de la fréquentation totale, avec 40 % des entrées en 2024, le cinéma enregistre une diminution des ventes de billets à l’unité, qui ne représentent plus que 39,4 % du total des entrées, contre 47,8 % en 2019.

Laurent Mazaury, ancien adjoint aux sports et loisirs de la ville, souligne l’importance de maintenir un équipement culturel accessible dans un quartier difficile. Il rappelle que 50 % du temps du Ciné 7 est dédié à l’éducation à l’image des lycéens et des jeunes scolaires du bassin de Saint-Quentin-en-Yvelines. Il appelle à une municipalisation du cinéma d’Élancourt, un choix politique essentiel pour soutenir les cinémas de quartier au même titre que les commerces de proximité.

Une communauté soudée autour du Ciné 7

Les habitants d’Élancourt partagent un sentiment d’appartenance envers leur petit cinéma. Le café d’en face témoigne de cette réalité : « Avant, les clients étaient tous en terrasse à attendre le début de la séance, mais maintenant, il n’y a plus grand monde », déplore le serveur du « KF », anciennement « Chez Papi ». Khaled, un père de famille, apprécie d’y emmener son fils de 5 ans : « C’est bien de l’avoir, ça anime un peu le quartier, sinon il n’y a rien à faire. »

Djoher, une habitante d’Élancourt, préfère le Ciné 7 à l’UGC de Montigny : « Je privilégie toujours les petits commerces, et je fais pareil quand j’ai envie d’aller voir un film avec mes enfants. Le service est agréable, on a l’assurance d’avoir de la place et d’être tranquille pendant la séance. » Sa petite famille ne fréquente que cette salle obscure, et la maman ajoute : « On a la chance de l’avoir à côté de chez nous avec des prix deux fois moins chers qu’ailleurs, il ne faut pas que ça disparaisse. »

Il est crucial de soutenir des établissements comme le Ciné 7, car ils représentent bien plus qu’un simple lieu de projection de films. Ils sont le cœur battant de la culture locale, un espace de rencontre et d’échange. En tant que citoyens, nous devons nous mobiliser pour préserver ces trésors de proximité, car leur disparition serait une perte inestimable pour notre patrimoine culturel.