État des populations de poissons en France : un bilan préoccupant
Publié le 3 mars 2026 à 19h54, ce rapport de l'Ifremer révèle que 50% des volumes de poissons débarqués en France en 2024 provenaient de populations exploitées durablement. Bien que certaines espèces bénéficient de pratiques de pêche vertueuses, d'autres continuent d'être victimes de la surpêche. Ce bilan souligne l'importance d'une gestion raisonnée des pêches pour préserver nos écosystèmes marins.
Un bilan encourageant mais insuffisant
En France, 50% des volumes de poissons débarqués en 2024 provenaient de populations exploitées durablement, c'est-à-dire non surpêchées. Ce chiffre, bien qu'encourageant, reste loin de l'objectif de 100% de populations pêchées au niveau du rendement maximum durable (RMD), fixé par la politique commune des pêches. Cette politique définit la quantité maximale de poissons que l'on peut pêcher sans compromettre le renouvellement de la ressource sur le long terme.
Clara Ulrich, chercheure et coordinatrice des expertises halieutiques à l'Ifremer, souligne : "Si l'on raisonne en termes de nombre de populations non surpêchées, nous voyons que la proportion continue à s’améliorer lentement. Cependant, en termes de volumes de poissons débarqués, nous observons une stagnation autour de 45-50%, malgré la diminution de l’effort de pêche et des débarquements. La proportion de populations sous pression reste également élevée, ce qui indique une stabilisation globale avec des améliorations de moins en moins marquées."
Les espèces en bonne santé et celles en danger
Pour son rapport, l'Ifremer a étudié 74 espèces différentes exploitées, les classifiant selon des seuils de référence définis pour chaque population en fonction des niveaux de pression de pêche et de biomasse. Parmi les espèces en "bon état", on retrouve la coquille Saint-Jacques pêchée dans la Manche, la baudroie dans le golfe de Gascogne, le bar, le merlu, l'araignée et le calamar. Une note d'espoir est également apportée pour le thon rouge en Méditerranée, considéré comme "reconstituable" après des années de lutte pour sauver l'espèce.
À l'opposé, le maquereau atlantique, dont le quota en Europe a été drastiquement réduit de 70%, ainsi que la sole de Manche Est et le merlu de Méditerranée, sont considérés comme effondrés. D'autres espèces comme le hareng de mer du Nord et la seiche sont également classées comme surpêchées.
Impact du changement climatique sur les populations de poissons
Outre la surpêche, les populations de poissons subissent également les effets du changement climatique. Selon le rapport de l'Ifremer, la biomasse de poissons pourrait diminuer d'un quart dans les eaux françaises d'ici la fin du siècle, avec des pertes estimées entre 5 et 8% au milieu du siècle. Ce phénomène est aggravé par l'acidification et la désoxygénation des océans, perturbant les écosystèmes marins et affectant la croissance et la reproduction des poissons.
Youen Vermard, chercheur en halieutique à l'Ifremer, déclare : "De nombreuses populations montrent aujourd’hui des signes de diminution de leur capacité de renouvellement, liées à un cumul de facteurs anthropiques, climatiques et environnementaux."
Revoir les objectifs de gestion des pêcheries
Face à ce constat, les chercheurs préconisent de revoir les objectifs de gestion des pêcheries, qui reposent actuellement sur le RMD. Bien que cette mesure ait permis de reconstituer plusieurs populations surexploitées, son mode de calcul ne prend pas en compte les effets des évolutions rapides de l'environnement marin. Clara Ulrich souligne que "le milieu océanique est à la fois plus variable et moins productif qu'auparavant".
Les chercheurs suggèrent de considérer le RMD actuel comme une limite plutôt que comme une cible, et de viser des niveaux d'exploitation plus faibles, c'est-à-dire de pêcher moins. Cette approche est essentielle pour garantir la durabilité des stocks de poissons et la santé des écosystèmes marins en France.
Conclusion : vers une pêche durable
Il est crucial de sensibiliser le public à l'importance de la pêche durable face aux enjeux environnementaux. En adoptant des pratiques de gestion responsables, nous pouvons contribuer à la préservation des populations de poissons et à la santé de nos mers et océans. La pêche française doit évoluer pour garantir un avenir durable pour les générations futures.