Le mois sans pêche dans le golfe de Gascogne débute ce jeudi, marquant une initiative cruciale pour la protection des cétacés dans cette zone. Cette troisième année de fermeture est prévue pour être la dernière, mais la question demeure : que se passera-t-il ensuite ?
À partir de ce jeudi et jusqu'au 20 février, près de 300 bateaux de plus de huit mètres devront rester à quai. Cette mesure vise à protéger les dauphins, souvent victimes des captures accidentelles causées par les filets des pêcheurs. Si ce mois sans pêche en 2026 devait être le dernier, aucune alternative efficace n'émerge pour garantir la protection des cétacés.
Impact des captures accidentelles
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le mois sans pêche a permis d'éviter jusqu'à 60% de captures accidentelles lors des précédentes éditions. Selon l'observatoire Pelagis, entre le 1er décembre 2024 et le 31 mars 2025, 1 900 dauphins communs sont morts par capture accidentelle sur la façade Atlantique et la Manche Ouest, contre 4 700 en moyenne par hiver entre 2017 et 2023.
Fortes de ces données, les associations comme Sea Shepherd France ont déposé une requête auprès du Conseil d'État pour renouveler cette mesure, mais en l'étendant à quatre mois par an, incluant trois mois en hiver et un en été dès 2027.
Les enjeux économiques
Les pêcheurs s'opposent à cette prolongation, arguant que le coût de la mesure est trop élevé pour la filière. Bien que des indemnisations soient prévues, estimées à 21 millions d'euros cette année, elles restent jugées insuffisantes par les professionnels. Le Comité national des pêches maritimes souligne que ces indemnisations ne compensent pas la perte de débouchés commerciaux ni l'impact sur l'image de la profession.
Alternatives à la fermeture
Pour convaincre le gouvernement de mettre fin à cette fermeture annuelle, les professionnels misent sur la technologie, notamment les dispositifs répulsifs. Le projet Delmoges, piloté par l'Ifremer, La Rochelle Université et le CNRS, a étudié plusieurs solutions, mais aucune n'a encore reçu un soutien unanime. Les répulsifs acoustiques pour dauphins, par exemple, sont critiqués pour leurs impacts potentiels sur les écosystèmes.
Des alternatives comme des balises "intelligentes" ou des "cordages réflecteurs" sont également en cours de test, mais leur efficacité reste à prouver.
Un avenir incertain
Actuellement, la fermeture reste la mesure la plus efficace pour préserver les dauphins. Le ministère de la Mer indique que des réflexions sont en cours, mais aucune date de réouverture n'est fixée. Le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a souligné la nécessité de tirer un bilan des trois années de fermeture avant de prendre une décision.
La Commission européenne a également rappelé son engagement envers la protection des espèces sensibles, insistant sur la nécessité de réduire les prises accessoires de dauphins. Le CMPMEM avertit que cette troisième fermeture ne doit pas devenir la norme, appelant à des solutions qui équilibrent la protection de la biodiversité et la viabilité des métiers de la pêche.
En conclusion, le mois sans pêche dans le golfe de Gascogne soulève des enjeux cruciaux tant pour la préservation des cétacés que pour l'avenir de la filière de la pêche. Les discussions autour des alternatives et des solutions durables doivent se poursuivre pour garantir un équilibre entre la protection de l'environnement et les intérêts économiques des pêcheurs.