• samedi 25 avril 2026

Hausse des prix de l'énergie : vers une électrification des foyers ?

Enjeux énergétiques actuels : vers une électrification des foyers

Publié le 24 mars 2026 à 16h55, mis à jour le 24 mars 2026 à 17h11. Le sujet de préoccupation à court terme est l’envolée des prix des carburants, mais le prix gaz sera celui de l’automne avec le début de la saison de chauffe. Des experts appellent à accélérer l’électrification des foyers français, en remplaçant les chaudières par des pompes à chaleur. La Commission européenne recommande de réduire les stocks de gaz pour atténuer la pression sur les prix. Explications.

Hausse des prix : un impact sur les factures

Après les prix de l’essence et du diesel, les prix gaz sont en hausse. Si l’urgence est de traiter le sujet de la hausse des prix des carburants dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, les regards sont déjà tournés vers l’augmentation des prix du gaz, même si celle-ci reste modérée par rapport à la période de la guerre en Ukraine. Au total, 20% de la production mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL) transite par le détroit d'Ormuz, paralysé par la guerre. Le principal site de production de GNL au Qatar a été en partie détruit. Résultat, même si l’Europe dépend peu du gaz du Moyen-Orient pour son approvisionnement, la volatilité des marchés et les hausses de prix vont impacter les factures des consommateurs.

Une première hausse le 1er mai pour les abonnés aux offres indexées

En France, 10,4 millions de foyers sont chauffés au gaz. Parmi eux, 40% ne seront pas impactés tout de suite car ils ont souscrit à un contrat à prix fixe, déterminé jusqu’au renouvellement de leur contrat (souscrit en général pour une période de deux à trois ans). Les 60% restants ont souscrit à des offres indexées sur les cours mondiaux. Pour eux, la facture va déjà augmenter au 1er mai, en raison d’un décalage de deux mois. Bercy évoque une hausse de "moins de dix euros par mois", plusieurs entreprises estiment la hausse comprise entre 15 et 20%. "L’impact est limité car nous entrons dans une période de faible consommation", relève Pierre Jérémie, expert associé à l’Institut Montaigne sur les questions énergétiques. Le pic du prix gaz naturel ne verra ses effets importants qu’en octobre prochain, quand la période de chauffe reprendra. Si la crise perdure, les factures s’envoleront.

Équiper les Français en pompes à chaleur avant l'automne

Dès lors, que faire ? Electrifier les foyers français, répondent plusieurs experts sollicités par TF1. "Si le gouvernement ne met pas en place des dispositifs pour aider les gens à s’électrifier maintenant, cela lui sera reproché", estime l’un d’entre eux. Le gouvernement ne pourra pas résister à la pression politique d’instaurer des boucliers énergétiques en octobre ou novembre. Or, les moyens de l’Etat seront encore plus limités à cette période. "On n’aura pas les marges de manœuvre budgétaires pour payer quoi que ce soit en octobre dans le projet de loi de finances 2027", poursuit-il. "Le seul chemin pour pouvoir ne pas faire de bouclier en octobre, c'est de donner une occasion aux gens de sortir du gaz, pour n'aider en octobre que ceux qui n'ont aucune échappatoire et qui sont assez peu nombreux", avance cet expert. "Notre meilleure arme, c’est la sobriété et l’électrification", renchérit Vincent Maillard, président d'Octopus Energy France, un fournisseur d'énergie. Il faut inciter dès aujourd'hui à réduire drastiquement la consommation de gaz, basculer sur notre électricité abondante partout où c'est possible et protéger notre industrie en lui réservant le gaz économisé. "On a six mois pour donner une chance aux ménages de réduire leur consommation de gaz d’ici l’hiver prochain."

Le plan d’électrification et les certificats d'économie d'énergie

Le plan d’électrification en cours d’élaboration filière par filière, dévoilé avant l’été par le gouvernement, prévoit de mettre l’accent sur le développement des pompes à chaleur, via des aides financées non pas par l’argent public, mais par les certificats d'économie (CEE) financés par les fournisseurs d’énergie. Sébastien Lecornu a d'ailleurs confié à sa ministre de l'Énergie Maud Bregeon une mission de deux mois visant à "renforcer" le recours aux CEE pour favoriser l'usage de l'électricité. "Ce mouvement d’électrification nécessite des outils d’incitation et d'accompagnement, en premier lieu les certificats d’économie d'énergie", a ainsi expliqué le Premier ministre. "On a six mois pour donner une chance aux ménages de réduire leur consommation de gaz d’ici l’hiver prochain", insiste Pierre Jérémie, alors que 420.000 chaudières à gaz ont encore été vendues l’an dernier. La France a pour objectif d’installer 8,8 millions de pompes à chaleur fabriquées dans l’Hexagone d’ici à 2030.

Des stocks moins remplis : bonne ou mauvaise idée ?

D’autres leviers ont été actionnés. Ainsi, pour tenter de limiter la hausse des prix, la Commission européenne recommande aux États membres de moins remplir leurs stocks de gaz l’hiver prochain. Au lieu de viser 90%, le niveau requis depuis le début de la guerre en Ukraine pour assurer l’approvisionnement de l’Europe, le commissaire européen à l'Énergie Dan Jorgensen appelle les Vingt-Sept à viser un objectif de remplissage de 80% seulement afin de "rassurer les acteurs du marché". Diminuer les stocks mais aussi les remplir dès à présent afin d’éviter les futures hausses. L’objectif de ces recommandations est d’éviter une ruée sur les marchés, scénario dans lequel les États membres chercheraient à remplir leurs stocks au même moment, alimentant la hausse des prix. Patrick Pouyanné a ainsi dit s'attendre à "un prix très élevé" pour le gaz naturel liquéfié "d’ici l’été et septembre, au moment où nous remplissons à nouveau les stockages de gaz en Europe". Chaque année, les Vingt-Sept ont jusqu’en décembre pour constituer leurs réserves hivernales. Car pendant la période hivernale, les importations ne suffisent pas à répondre à la demande et les États membres puisent alors dans leurs stocks.

Menaces américaines sur les importations européennes de GNL

Beaucoup dépendra aussi de l’attitude des États-Unis, qui, dans ce contexte, pourraient vendre leur gaz naturel liquéfié au plus offrant. Car l'Union européenne dépend désormais à 60% du GNL américain. Une situation qui résulte de la guerre en Ukraine, quand les Vingt-Sept ont cherché à diversifier leurs importations et à réduire celles en provenance de la Russie. "On arrive dès à présent à ce qui était très largement prévisible", analyse Andreas Rüdinger, spécialiste des questions énergétiques à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). L'instrumentalisation de la dépendance fossile n'est pas un privilège de la Russie, et en troquant une dépendance pour une autre, on s'expose à ce genre de manœuvres. Or, sur ce sujet précisément, Donald Trump a récemment menacé les Européens de perdre leur accès privilégié au GNL américain si l’UE ne signe pas l'accord commercial de Turnberry dans les termes exacts dans lesquels il a été négocié cet été, rapporte le Financial Times. Le Parlement européen doit se prononcer ce jeudi sur la ratification de cet accord, qui fixe 15% de droits de douane sur la plupart des produits européens exportés vers les États-Unis.

En conclusion, face à la hausse des prix de l'énergie, il est crucial d'accélérer l'électrification des foyers pour mieux gérer les coûts énergétiques. Les mesures d'incitation à l'électrification, couplées à une gestion prudente des stocks de gaz, permettront de préparer les ménages à l'hiver prochain tout en réduisant leur dépendance aux énergies fossiles.