• samedi 25 avril 2026

Crues exceptionnelles : enjeux de la gestion des digues en France

Gestion des digues : enjeux et défis

Publié le 20 février 2026 à 16h58, mis à jour le 21 février 2026 à 9h44. Trois départements en France sont actuellement en alerte rouge en raison de crues exceptionnelles qui paralysent une partie du pays. Depuis 2024, la gestion des 1.500 kilomètres de digues domaniales appartenant à l'État a été transférée aux intercommunalités. Cependant, ces dernières dénoncent un transfert sans moyens financiers associés, ce qui soulève des questions cruciales sur la sécurité et la protection contre les inondations.

État des lieux des digues en France

À Saint-Macaire, en Gironde, la digue a contenu la Garonne pendant cinq jours avant d’être débordée, entraînant une montée des eaux à 10,45 mètres. Dans le Lot-et-Garonne, huit ouvrages hydrauliques ont été endommagés ou submergés. Avec 37 jours de pluie consécutifs, le littoral atlantique subit la plus longue période de précipitations depuis le début des mesures en 1959. Vendredi, trois départements étaient encore en alerte rouge pour les crues : la Charente-Maritime, le Maine-et-Loire et la Loire-Atlantique.

Urgence et adaptation au changement climatique

Alors que l’urgence est aux évacuations et à la préservation de ce qui peut être protégé, deux chantiers s’annoncent pour les pouvoirs publics : d’abord, celui des indemnisations. Le gouvernement examinera les premiers dossiers des communes sinistrées. Le second chantier concerne l’adaptation au changement climatique, pour anticiper et prévenir ce type de phénomène à l’avenir, qui sont appelés à se répéter et à s’intensifier. Les digues sont le dernier rempart lorsque rien n'a fonctionné.

Transfert de gestion des digues : un défi financier

Début 2024, l'État a transféré la gestion des 1.500 kilomètres de digues domaniales aux intercommunalités. Cette réforme visait à clarifier la gouvernance et la gestion de ces ouvrages au plus près des territoires. Les intercommunalités doivent donc entretenir les digues dans le cadre de leur compétence Gemapi pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des risques d'inondations, une compétence confiée aux communes en 2014 et entrée en vigueur en 2018.

Problèmes de financement et de concertation

Les élus locaux dénoncent un transfert sans concertation ni moyens financiers suffisants. "En deux mois, on a récupéré la compétence, sans concertation, débat ou argent", déclare un élu local. L’Association des maires de France a dénoncé "une mise en cause déloyale" et Intercommunalités de France a estimé que les propos de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, n’étaient "pas acceptables".

La taxe Gemapi : insuffisante pour financer les travaux

Les élus locaux estiment que faire financer le risque d'inondation par la seule taxe Gemapi est illusoire. Cette taxe ne finance pas uniquement les travaux d’entretien des digues, mais aussi la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations dans leur ensemble. Dans le Val-de-Garonne, le besoin de financement pour ce type de travaux est estimé à 30 millions d’euros, alors que le potentiel fiscal représenté par la taxe Gemapi est de seulement 3 millions d’euros.

Propositions pour une meilleure gestion des digues

Du côté du ministère de la Transition écologique, on propose de réfléchir à l’entretien des ouvrages hydrauliques au niveau des bassins. "La prévention des crues dans une commune nécessite parfois des aménagements sur d’autres communes, et pour cette raison, une approche par bassin doit pouvoir se généraliser." Deux propositions de loi sont en cours sur ce sujet, dont l'une vise à collecter la taxe Gemapi au niveau des bassins.

Conclusion : vers une meilleure coordination

Il est essentiel de souligner que la gestion des digues et la prévention des inondations nécessitent une meilleure coordination et un financement adéquat. Les enjeux environnementaux et de sécurité sont trop importants pour être négligés. La France doit s'engager dans une transition écologique efficace pour protéger ses citoyens et ses territoires face aux risques d'inondation.