• mercredi 17 juin 2026

Incendies : Risques croissants et solutions à envisager

Prévention des Incendies : Un Enjeu Crucial

Publié le 29 mai 2026 à 16h12. Le changement climatique, l’étalement urbain et le déclin de l’agriculture augmentent l’occurrence des incendies dans les zones situées à l’interface entre la ville et les espaces naturels. Quel est le risque ? Quels sont les impacts ? Comment s’adapter ? Pour répondre à ces questions, des experts du CNRS ont étudié plus de 1 000 publications scientifiques.

Les Chiffres Alarmants des Incendies

Dans un rapport, ils présentent les pistes pour s’adapter à l’échelle individuelle et collective. Les chiffres résument l’ampleur du problème. Dans le monde, entre 2002 et 2021, 440 millions de personnes ont été exposées à des incendies. Les bilans humains sont lourds : 102 morts à Mati, en Grèce, en 2018, 85 décès à Paradise, aux États-Unis, la même année, et plus de 400 morts liées aux fumées en Australie en 2019-2020. Et ce n’est pas le seul coût des incendies : entre 2015 et 2024, ils ont représenté 65 milliards de dollars de pertes économiques, soit une hausse de +360% des pertes annuelles moyennes par rapport à la période 2000-2014.

Les États-Unis : Un Cas à Part

Dans ce tableau dramatique, les États-Unis concentrent une grande part des coûts : l’incendie de Los Angeles en 2025 a représenté le tiers du coût de toutes les catastrophes liées aux incendies dans le monde. "L’étalement urbain, avec le développement d’un habitat pavillonnaire à la périphérie des villes et le déclin agricole avec une re-végétalisation spontanée, mettent au contact la végétation et les zones urbanisées", décrit Christine Bouisset, professeure au Laboratoire Transitions énergétiques et environnementales.

La Situation en France

En France, deux tiers des départs d’incendies éclosent dans ces zones à l’interface entre la ville et la nature. Neuf incendies sur 10 sont d’origine humaine et la moitié sont liés à des imprudences. "Le changement climatique allonge la saison des feux et modifie leur géographie", explique Jean-Baptiste Filippi, chercheur au CNRS.

Comment Adresser le Problème ?

Comment adresser ce problème ? C’est la question que pose le CNRS dans une expertise collective dont les enseignements principaux ont été dévoilés : 17 experts ont épluché plus de 1 000 publications scientifiques sur le sujet, pour comprendre ce que l’on sait de ce type d’événement, et de notre capacité à les anticiper, à s’adapter et à les gérer une fois survenus. Le sujet est d’autant plus important que "le changement climatique allonge la saison des feux et modifie leur géographie, en déplaçant les incendies vers le Nord", explique Jean-Baptiste Filippi. "Sans modification de nos émissions de gaz à effet de serre, on passe de 5 jours d’incendie chaque année dans le Nord à 20 jours en plus. Le changement climatique généralise le danger pour les villes."

Les Limites de la Réaction aux Incendies

Par ailleurs, les chercheurs soulignent la limite de la politique de "réaction" aux incendies. "Les incendies extrêmes marquent un changement de régime des feux dans lequel la logique d’extinction atteint ses limites", explique ainsi le CNRS. Les feux extrêmes créent leur propre météo qui les rend imprévisibles, et compliquent la gestion de crise. "Pour les incendies, on ne peut pas raisonner en termes de moyenne. Un très faible nombre de feux extrêmes concentre la majorité des dommages. Cinq feux sur 2 000 incendies vont faire la majorité des conséquences en termes de surfaces brûlées."

Zones Vulnérables et Prévention

Ces dernières années, ces zones d’interface ville-nature se sont multipliées. Or, elles concentrent à la fois le carburant des incendies et le risque en termes de vies humaines et d’infrastructures. Les chercheurs citent par exemple la présence de cyprès, qui vont fonctionner "comme une torche" en cas de départ de feu. La vulnérabilité de ces zones dépend de leur exposition géographique, de la sensibilité de leur composition et de la capacité des populations et des organisations collectives à faire face. Les chercheurs ont notamment étudié des publications américaines et australiennes, deux zones habituées aux incendies extrêmes, pour identifier les causes de vulnérabilité. "Ces travaux montrent que les incendies peuvent être révélateurs voire amplificateurs des inégalités sociales", explique Christine Bouisset.

Actions Collectives pour la Prévention

Pour faire face, Jean-Baptiste Filippi résume les pistes décrites dans les études : limiter les matériaux inflammables à proximité des maisons, planter des espèces moins "combustibles", débroussailler. "La prévention ne peut se faire sans une participation active et continue de la population", relève la chercheuse. Mais aux États-Unis, les études ont démontré que l’investissement que les résidents sont prêts à consentir pour réduire le risque incendie dépend des considérations financières mais aussi non monétaires. "Les gens vont choisir une zone boisée pour avoir un cadre de vie agréable et débroussailler peut paraitre contradictoire avec cette demande de nature", décrit Christine Bouisset.

Solutions Innovantes

Pour dépasser ces blocages, des solutions existent : aux États-Unis, des démonstrateurs sont ainsi déployés. Il s’agit de maisons témoins, avec un jardin bien entretenu et aménagé pour résister au feu. "Mais la réponse ne peut pas reposer que sur la responsabilité individuelle", précise toutefois Christine Bouisset. Les organisations collectives doivent prendre le relais. Comment ? En travaillant sur la planification urbaine, en construisant avec des matériaux moins inflammables, en prévoyant des voies d’évacuation. Mais aussi en proposant des solutions aux habitants : récupérer leurs déchets issus du débroussaillage, financer des aménagements, proposer des assurances spécifiques, les former à la bonne réaction en cas de départ de feu.

Conclusion : Une Responsabilité Partagée

Jean-Baptiste Filippi insiste aussi sur la cohérence des politiques publiques. En période de fortes chaleurs, comme cette semaine, les appels à végétaliser les villes, mais cette pratique ne doit pas être déployée sans prendre en compte le risque incendie. La prévention des incendies est un enjeu collectif qui nécessite l’engagement de tous pour réduire les risques liés aux incendies en milieu urbain et naturel.